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Humour. A l’insu de leur plein gré, les pêcheurs bretons … En 2026 ! ! ! 

C’est cela ou la fermeture/faillite ! « Ce n’est pas de l’esclavagisme ! » En Bretagne, des patrons-pêcheurs embarquent des Indonésiens corvéables à merci

 

Pour survivre, la pêche bretonne fait le choix du recours à de la main-d’œuvre étrangère, essentiellement indonésienne. Au risque d’ériger l’exploitation des marins comme nouveau modèle.

Cette enquête a été réalisée par le média d’investigation breton Splann !.

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Fin janvier, dans un port breton de la façade atlantique rincé par des averses, les ponts des bateaux sont plongés dans le silence. Sauf un fileyeur d’une vingtaine de mètres, le seul avec de la lumière derrière les hublots d’où s’échappe une musique étouffée.

À bord, un mécano portugais, trois marins indonésiens et des kilomètres de filets empilés en gros tas, usés par une longue saison à traquer le merlu, et dont ils reprennent les trous à l’aiguille, méthodiquement.

« On travaille pendant environ six mois à bord, puis on rentre retrouver la famille en Indonésie, puis on revient sur le bateau, et ainsi de suite », résume l’un des Indonésiens, Danga, 33 ans.

L’homme s’exprime dans un espagnol rudimentaire, la langue commune pour l’équipage. Seuls le capitaine et le chef mécano sont français. « Il n’y a que nous qui vivons sur notre bateau dans ce port.

Ça va, mais je préfère quand on travaille en mer, j’ai moins le temps de penser.

Et ici, en Bretagne, il fait froid et c’est humide », déplore-t-il, le sourire malgré tout.

« Le montant du salaire ? Je ne sais pas trop, tout part direct à la famille, mais c’est bon. Le patron est bien », assure l’homme en faisant un signe du pouce.

Un salaire selon la nationalité du matelot

« De temps en temps, on loue un Airbnb quand ils ont besoin de repos.

Il y a carrément pire, ce n’est pas de l’esclavagisme », se défend par téléphone le capitaine, qui a quitté le bateau quelques jours plus tôt pour profiter d’un mois de répit chez lui.

Avant de développer des propos racistes, en guise de justification : « Les Français ne veulent pas bosser, les Sénégalais, je ne veux pas en entendre parler et les Portugais se font vieux.

Il n’y a pas longtemps, un armateur du pays bigouden m’a dit que si on avait eu des Indonésiens comme les miens il y a dix ans, on construirait encore des bateaux neufs aujourd’hui. »

Il reconnaît que les Indonésiens sont « un peu moins payés » que le reste de l’équipage. Ils ne bénéficient pas du traditionnel salaire à la part calculé sur le résultat des ventes de la pêche, qui permet de très bons salaires quand la pêche est bonne, mais d’un salaire fixe, généralement considéré comme moins avantageux.

« Pour eux, c’est un très bon revenu », se défend le patron-pêcheur, ravi que les marins asiatiques, « habitués à ça », restent à bord pendant leur mois d’arrêt pour remettre le bateau au propre et entretenir le matériel.

« Sur les navires franco-espagnols [sous pavillon français mais avec des capitaux espagnols] on travaille avec des Indonésiens depuis longtemps mais en Bretagne, ils commencent seulement à arriver. »

Cette différence de salaire selon la nationalité des marins alerte Patrick Chaumette, professeur émérite de droit maritime à l’université de Nantes :

« C’est nouveau, ce type de discrimination salariale pour un bateau de pêche sous pavillon français. Est-ce illégal ? Il faudra convaincre l’Inspection du travail et le tribunal, mais je suis prêt à soutenir que oui ! »

Un appel croissant aux marins étrangers

Le recours à la main-d’œuvre étrangère n’est pas nouveau. Sur les chalutiers, les coquilliers, les fileyeurs comme sur les navires armés pour la grande pêche, on rencontre des matelots sénégalais, portugais ou polonais depuis des années — leur voix n’a presque aucun écho.

D’après la direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture pour l’année 2024, cités dans le journal Le Marin, les étrangers représentaient 9,1 % des marins embarqués en Bretagne.

Le phénomène semble s’accentuer : cela saute aux yeux sur les groupes Facebook de recrutement, très utilisés pour trouver des marins en urgence.

Sous les offres d’emploi et les nombreuses demandes de remplacement au pied levé, les réponses proviennent du Sénégal, du Maroc, de Madagascar et, de plus en plus souvent, d’Indonésie.

Dans son dernier état des lieux, en 2021, l’Ocapiat (observatoire missionné pour fournir des données dans le secteur) recensait 163 marins indonésiens embarqués en France, contre 7 en 2017. [1]

Axelle Bodmer, en charge de l’emploi pour l’UAPF, le plus important syndicat de patrons dans la pêche, affirme avec certitude que l’Indonésie représente désormais « sans aucun doute » la deuxième grande nation représentée sur les bateaux de pêche français avec les Sénégalais.

Alléger les règles sociales, au nom de la compétitivité

Vieillissement des travailleurs, baisse d’attractivité du métier, prix des bateaux qui augmente et nécessite un fort endettement, conditions de travail rudes, revenus de la pêche moins bons qu’à l’époque de l’abondance : la difficulté à recruter une main-d’œuvre locale est répétée à l’unisson — et souvent regrettée — par les patrons-pêcheurs rencontrés pour cette enquête, et confirmée par toutes les instances.

Les organisations professionnelles annoncent mettre le paquet sur la communication et la formation des jeunes et œuvrent, en coulisses, pour assouplir les règles de recrutement des marins étrangers.

« Sans eux, de plus en plus de bateaux resteront à quai », estime ainsi Kenatea Chavez-Hey, la porte-parole de France Terre de pêches, présenté comme le regroupement de plus de 1 000 entreprises de pêche.

L’UAPF, porte-voix des patrons, fait lui aussi du lobbying.

Le syndicat a par exemple œuvré pour la récente reconnaissance par l’État du métier de matelot comme « en tension », gage de simplification du recrutement de marins extra-européens.

Enfin, point majeur : Axelle Bodmer confirme que divers armements souhaitent l’autorisation du manning, soit le recours à des agences privées de recrutement et de placement, historiquement interdit dans le secteur de la pêche.

« Nous sommes en concurrence avec d’autres flottilles européennes qui rémunèrent beaucoup moins leurs marins », déplore David [*], salarié d’un grand armement breton.

« On pourrait revoir certaines règles. Payer les cotisations à la sécurité sociale des marins indonésiens, ça paraît exagéré », assure un armateur, qui tient aussi à l’anonymat.

« Pour alléger les règles sociales, ils sont en train de dérouler le même discours de la compétitivité que dans la marine marchande dans les années 1980 », met en garde Patrick Chaumette, professeur émérite de droit maritime.

Le résultat est connu : des règles différentes sur terre et en mer et, sur les navires français, des différences de traitement entre marins français et étrangers (durée d’embarquement, protection sociale...).

Un grand vide syndical

Les contre-pouvoirs sont rares : les syndicats de défense des matelots ont quasi disparu.

Fabien Clouette, anthropologue spécialiste de la pêche qui est passé par des embarquements sur des chalutiers bretons, a noté le glissement progressif des syndicats de travailleurs vers des syndicats patronaux.

La conséquence de la désindustrialisation de la pêche bretonne, d’après Yves l’Helgouach, figure de la CGT des marins depuis les années 1980, qui s’est retiré de ses fonctions au syndicat en 2024.

« À l’époque, explique l’ancien cégétiste à Splann !, les équipages étaient syndiqués et on pouvait s’organiser collectivement face aux représentants des armements, qui avaient plusieurs bateaux. Il y avait des gens avec qui négocier.

Il ne reste presque plus que la pêche avec l’employeur embarqué comme patron, qui est aussi celui qui représente le syndicat. »

Il ajoute : « Les derniers grands armements profitent de la liberté de circulation et des règles européennes pour faire ce qu’ils veulent niveau social et emploi. »

Dans cet environnement par essence inaccessible aux regards extérieurs s’ajoute « la réduction des moyens d’action de l’Inspection du travail maritime », insiste Patrick Chaumette. Elle prend souvent connaissance des réalités sociales à bord des navires après des accidents graves. Sollicitée, l’Inspection du travail n’a pas donné suite.

Fabien Clouette voit dans la pêche « un système totalisant. Tu passes ta vie avec 4, 5 gars dans un environnement restreint qui est quand même un petit abattoir flottant ».

Il poursuit : « T’es tout le temps dégueu, couvert de sang, de tripes, tu te couches dans ta bannette pleine de flotte… Et quand tu débarques pour un ou deux jours, le patron te demande de revenir bosser sur le bateau pour préparer la prochaine marée. »

Toute protestation est impossible et « ils auraient de toute façon trop peur d’être blacklistés », résume-t-il.

« Quand les premiers Indonésiens sont arrivés à bord, l’équipage a fait un scandale, se souvient Jérôme [*], un patron breton qui a embauché des marins asiatiques.

Une semaine après, le capitaine avait complètement changé d’avis. Il était ravi : il pouvait tout leur demander. Ils sont très gentils et, par leur parcours, ils sont prêts à supporter beaucoup plus que les Français. »

« Il se passe la même chose à la pêche que dans les abattoirs. Les matelots sont prêts à encaisser des trucs durs pour mettre des sous de côté avant de retourner au pays », constate Sylvain [*], un marin malouin, écœuré par la précarité et le racisme subis par des travailleurs étrangers.

« Il se passe la même chose à la pêche que dans les abattoirs »

Des boîtes de manning indonésiennes, contactées via WhatsApp et Messenger, confirment cibler le marché français, qu’elles considèrent en phase d’ouverture.

Un intermédiaire surnommé El Vano, très actif auprès des armateurs bretons, propose ainsi des marins indonésiens clé en main « avec des visas français et de l’expérience sur tous types de navires ».

« Ils n’ont aucun problème à séjourner n’importe où, que ce soit dans un appartement ou sur un bateau, ils sont très bien préparés », précise-t-il à Splann ! via WhatsApp.

David, salarié d’un grand armement breton, dit être « hypersollicité » par des agences de manning indonésiennes. « Ils me proposent des marins avec le salaire minimum de l’Organisation maritime mondiale (OMI), entre 600 et 800 euros par mois.

Heureusement, c’est interdit en France… pour le moment », soupire-t-il.

Le pouvoir absolu du patron

Avant d’arriver en France, nombre de marins indonésiens ont connu le travail forcé et des situations de violence, très documentées par des enquêtes sur les flottilles chinoises et taïwanaises.

Exemple avec Pamuji, un pêcheur indonésien. « Mon agence de manning m’a envoyé travailler sur des bateaux à Taïwan, mais c’était très dur », écrit-il sur Messenger.

Lui a ensuite embarqué comme matelot sur un fileyeur du Sud-Ouest qui débarquait régulièrement à Lorient pour vider ses cales entre deux marées.

L’homme, âgé de 33 ans, a été licencié par le patron après une trêve de quelques mois en Indonésie. « Il m’a annulé quelques jours avant la date prévue pour mon retour. Je comptais sur ce travail pour soutenir ma famille et il a mes papiers de travail. Je fais comment maintenant ? » s’inquiète celui qui espère retrouver du travail en France.

« Est-ce que la pêche est en train de se structurer sur un modèle impitoyable ? »

Il précise : « En un an en Europe, j’ai gagné environ 17 000 euros. » Soit un peu plus de 1 400 euros par mois. Une misère, ramenée à la pénibilité du métier.

Un employé d’un grand armement résume la situation : « On est à un moment charnière de la pêche, dont le segment hauturier est en plein effondrement.

Est-ce qu’on assiste à des phénomènes de retardement avec l’ouverture au manning et le recours aux marins indonésiens ? Ou est-ce que le secteur est en train de se structurer sur un modèle impitoyable, une forme de capitalisme exacerbé qui exploite les hommes jusqu’au bout pour rester rentable ? »


Splann !
 
Splann ! est un média d’enquêtes lancé par des journalistes, début 2021, en Bretagne. Sans actionnaire, ni grand mécène, ni régie publicitaire, il est porté par la détermination de produire un journalisme à fort impact, en français et en breton, sans influence politique ou commerciale. Splann ! produit des enquêtes au long cours en donnant le temps et les moyens à ses journalistes d’aller au bout de leurs investigations sur des questions d’intérêt général.

On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, on est inquiets.
En France, l’extrême droite progresse dans de nombreuses villes et dans l’espace médiatique.
Ailleurs, un néofascisme assumé gagne du terrain : l’extrême droite poursuit son ascension sur le continent américain, et pèse sur les décisions du Parlement Européen.

Ici, on rase des hectares de forêts, on bétonne des montagnes, on éventre des collines.
Là-bas, on bombarde des sites pétroliers, on extrait, on fore toujours plus.
Le désordre est global mais ses conséquences sont toujours locales.
Et la menace est écologique autant que démocratique.

Mais au milieu de la tempête, Reporterre garde le cap.

VOIR LA FIN SUR INTERNET A PARTIR DU TITRE !

Xyzabcd ou Payen Pierre Dunkerque

N. B. Inutile d'ajouter quoi que ce soit ! Pour moi, nous sommes les nouveaux dinosaures ! Dans un contexte moderne équivalent !

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